3 Questions à Alexandra Soto – directrice des opérations (Chief Operating Officer) du Groupe Lazard

3 Questions à Alexandra Soto – directrice des opérations (Chief Operating Officer) du Groupe Lazard, directrice exécutive du groupe et membre du comité de direction. Elle est associée senior et a une carrière dans la Banque d’Affaires qui s’étend sur plus de trente ans.

L’Intelligence Artificielle n’est pas qu’une transformation technologique, c’est aussi une transformation culturelle


Au cœur des opérations mondiales de Lazard, Alexandra Soto a construit une carrière remarquable de plus de trente ans dans la banque d’affaires internationale. En tant que Directrice des Opérations, Directrice Exécutive du Groupe et Associée Senior, elle apporte une perspective unique sur l’articulation entre héritage culturel, priorité au client et innovation dans le monde financier d’aujourd’hui. Dans cet entretien, elle partage sa vision du rôle transformateur de l’intelligence artificielle, de l’importance durable des racines européennes de Lazard ainsi que des progrès et des défis liés à la diversité et à l’inclusion dans le secteur.


Comment l’Intelligence Artificielle impacte-t-elle votre modèle économique ? Lazard est à la pointe de l’intelligence artificielle grâce à votre investissement dans Rogo — comment abordez-vous ce sujet?

L’Intelligence Artificielle impacte nos deux métiers depuis longtemps et de manière différente. Nos métiers sont à la fois un « art » et une « science » et la partie « science » sera totalement remplacée par l’IA dans les prochaines années.

Dans la gestion institutionnelle (Asset Management), c’est un changement complet qui a des conséquences dans tous les domaines : la recherche, le processus d’investissement et la distribution.

Dans la banque d’affaires, la transformation est plus subtile mais tout aussi essentielle. Elle contribue à amplifier l’impact des banquiers.

Ce n’est pas qu’une transformation technologique, c’est aussi une transformation culturelle.  Nous sommes au début de cette évolution et nos collègues doivent s’adapter quelque soit leur fonction

Tous nos banquiers et investisseurs ont plusieurs outils d’IA à leur disposition. Nous sommes très attentifs aux retours d’expérience des utilisateurs. L’IA ne remplacera pas les banquiers ou les investisseurs mais ceux qui utilisent l’IA efficacement remplaceront ceux qui ne l’utilisent pas. Les données propriétaires deviennent centrales pour nourrir tous nos outils et les mentalités doivent changer.

Dans nos deux métiers, nous sommes encore en train d’identifier tous les cas d’usage. Clairement, les gains de temps et de qualité dans les travaux de recherche et d’analyse permettent de libérer du temps qui doit être utilisé pour améliorer la qualité du conseil que nous donnons à nos clients, la créativité, l’impact de nos banquiers seniors et la fréquence et la profondeur des contacts. Nous avons beaucoup investi dans la formation de nos employés en particulier pour les seniors. Nous avons des programmes de formation adaptés à chacun. Ça nécessite beaucoup de répétition et communication.

N’oublions jamais que nos clients progressent également, nous devons continuer à améliorer constamment la qualité et la valeur de nos services pour rester pertinents.

C’est une évolution passionnante pour les équipes de management.

Nous savons que l’évolution et l’adoption de l’Intelligence artificielle sont inéluctables. Le calendrier précis du rythme de l’accélération est encore incertain mais le sens de l’évolution est clair. Nous devons rester alertes et à l’écoute de ces évolutions auxquelles nous sommes confrontés. Nous n’en sommes qu’aux premières étapes de l’Intelligence Artificielle. « L’augmentation » concernera toutes les fonctions de la banque de manière universelle. Je suis convaincue que cette transformation profonde est très positive, car les tâches répétitives et sans réelle valeur ajoutée disparaîtront. Cependant, il est essentiel de savoir s’adapter afin de continuer à apporter davantage de valeur à nos clients. 


Lazard est une entreprise unique : une firme américaine aux racines européennes fortes. Comment protégez-vous et cultivez-vous cette culture tout en centralisant les ressources et les décisions ?

La culture de Lazard, son ADN et son histoire reposent sur l’équilibre entre trois maisons : Londres, Paris et New York. L’une des forces qui différencie Lazard par rapport à certains de ses concurrents, c’est cette puissance des racines européennes, son attachement aux réseaux dans chacun des pays. Les flux transatlantiques sont cruciaux pour nos différents métiers mais fondamentalement, notre ancrage aux Etats-Unis et ce, depuis 176 ans nous permet de bénéficier de la puissance de l’économie américaine.

Chez Lazard, le principe fondamental c’est la priorité accordée au client (Client First).  Donc il ne s’agit pas de centraliser ou décentraliser, mais il s’agit de choisir la meilleure équipe pour chaque client.

Par exemple, Lorsqu’il a fallu définir les règles du travail à distance (’work from home’), les politiques de télétravail ont été adoptées à la manière dont les clients travaillent dans chaque pays.  L’intérêt du client est primordial. Toutefois, cette flexibilité culturelle ne remet pas en cause des pratiques de business et une approche totalement coordonnée et transparente.


Au cours de votre carrière, comment le rôle et la place des femmes ont-ils évolué? La prochaine CEO de Lazard sera-t-elle une femme?

L’inclusion est un objectif important pour Lazard. Je crois qu’on peut dire qu’en ce qui concerne les femmes, Lazard est un employeur attentif et une “great place to work”.

Nous essayons de permettre une certaine flexibilité et d’être à l’écoute de leurs besoins. Nous avons des femmes en position de responsabilité importante dans chaque pays pour montrer qu’on peut progresser et faire carrière chez Lazard en étant une femme. Notre politique n’a jamais changé et reste fondée sur la méritocratie,

L’évolution est très lente. Je suis encore souvent la seule femme en réunion à mon niveau, c’est la réalité. La finance de manière générale et la banque d’affaires en particulier attire moins les femmes.

Nous sommes également très investis dans l’inclusion sociale pour des personnes qui viennent d’environnements socio-économiques différents. Il est essentiel de leur permettre de s’adapter et de maîtriser les codes sociaux et culturels.

FRAlina SiatkovskaiaEN